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26.09.2007

L'histoire de Nidala le Serf

Toutes les histoires sont extraordinaires. Dans celle ci sachez qu'on peut emprisonner une fée dans le reflet d'une perle, deux dans la fumée d'un narguilé, six dans les trames d'une tapisserie faite pendant leur sommeil, à la lune noire, et neuf dans une dame-jeanne quand on a prit soin d'y disposer la larme d'une vierge, et si celle qui l'a versée scelle le récipient d'un chaste baisé. Que nous sachions tant de moyen de les priver de liberté, la rareté des fées, sinon leur timidité n'est plus à expliquer.

Il était une fois Nidala le serf, humble et très pauvre, à qui rien n'appartenait sauf ses sentiments. Il grandit dans la ferme d'une riche famille de négociant, et eu pour seul amie d'enfance Amania, la fille de son maitre. Ils eurent une enfance heureuse, les enfants font fie des conventions, et une adolescence tumultueuses, et qui fut brève car Nidala dut travailler tôt, Amania se préparer au mariage. Dans ces années d'innocences leur amour fut très fort, mais ne leur laissa arrivé à l'âge ou le garçon devient homme, et la fille devient femme, qu'un parfum d'évanescence. Nidala travaillait dur pour son maitre, qui était un homme sec comme un coup de trique. Son seul réconfort, son seul but, la seule présence dans sa vie était son amour pour Amania, qui, peut être, n'était plus que l'image qu'il s'en faisait encore, mais qui le maintenait en vie, et heureux comme peuvent l'être le chien sous les coups de son maitre. A chaque vision du carrosse familial, quand il apercevait ses cheveux, quand il avait la chance d'entendre son rire, ou quand par bonheur elle posait les yeux dans sa direction, même si pour elle il était devenu un paysan parmi d'autres, il se sentait fondre comme au paradis et un grand souffle de bonheur lui partait du cœur. Il ne vivait que dans ses rêves, dans une douce folie, ne cherchant surtout pas à voir la réalité qui est : hé, (me direz-vous !) On ne donne pas les perles aux cochons! De peur de briser son désir de porcelaine, il l'avait caché parmi les plus hautes nuées.

Un jour qu'il rentrait avec quelque compagnon du labeur des champs, il découvrit un soldat. Mort. Pas de la guerre, sans doute de quelque maladie qu'attrape les soudards, peut être simplement de trop de vin, et son corps qui devait être naguère grand et bien fait n'était plus que boursouflure, nuage de mouche et bec de corbeau. Ses maigres possession furent partagé, et il revint a Nidala, qui n'avait jamais besoin de rien, ce que personne ne voulut : une lampe à huile, terne et cabossée. Il la prit et l'emmena chez lui, Et un soir où le travail ne l'avait pas assommé comme une bête, il vola un peu d'huile d'olive au moulin, fit une mèche et l'alluma, pour le seul plaisir de voir briller la flamme sur ses rêves. Il entendit soudain de petits cris. Ils semblaient venir de la lampe. Seul les innocents vont au bout de leur naïveté, quelqu'un instruit du monde n'y aurait plus pensé. Ainsi il regarda dans la lampe. L'huile brillait au fond, mais rien d'autre, et pourtant les cris, comme des couinements de souris, se faisait plus proche, plus insistant, peut être même injurieux. Bénit soit le fou, et le simple d'esprit est sacré, car il peut encore faire des découverte. Toute personnes saine d'esprit aurait depuis longtemps rie de leur idée, et aurait jeté la lampe pour une raison ou une autre. Mais Nidala souffla la flamme, colla son oreille, et entendit enfin...

La nuit après, il se glissa dans la chambre d'Amania, la réveilla doucement. Celle ci ce réveilla comme dans un rêve et ne pensa même pas à crier tant la surprise la rendait curieuse.

-     Amania, Amania... par pitié.

-     Et bien oui je suis réveillée, que me veux tu? Pouilleux? Si tu me touche, je cris et cent gardes te transperceront le corps de leur poignard !

-     Amania, Amania... écoute moi, s'il te plait, je ne te ferais jamais de mal. Tu me connais, nous avons joué à temps de jeux quand on était petit, jamais je ne t'es fait tombé, jamais je ne t'es tiré les cheveux. Je t'aime Amania.

Surprise, la jeune fille se rappela son compagnon des âges tendres. Mais elle avait changé, et ne voyait dans son ancien ami qu'un nouveau jeu, une nouvelle poupée.

-     Nidala ! Que diable viens-tu faire ici à cette heure, justement j’ai soif, va donc me chercher...

-     Amania, Amania, j'irai te chercher de l'eau, du vin et du miel, mais plus tard, j'ai d'abord un secret...

-     Un secret? dit elle en se souvenant de Nidala comme d'un garçon gentil et un peu simplet.

-     Oui Amania, on m'a fait un cadeau, ce que je veux, je peux l'avoir, mais je ne veux rien pour moi. Je t'aime Amania, je ne veux rien que te faire plaisir et te voir heureuse comme à l'époque ou nous étions enfant dans le vieux pommier, a manger des pomme pendant que nos parent nous cherchait et s'inquiétait. Alors je veux te l'offrir à toi, Amania...

Elle remarqua sa lampe dans les mains, pensant d'abord qu'elle avait éclairé son chemin jusqu'a sa chambre, puis pouffa en se disant qu'il croyait encore aux contes pour enfant. Puisqu'elle était réveillée, autant jouer le jeu. Elle rira aussi bien de son embarras à ne rien voir se réaliser.

-     Alors je souhaite... Elle réfléchit, mais étant trop gâté, elle ne vis que la dernière chose que son père n'avait pus lui offrir. "Je fais le vœu qu'Hagras le marchand d'étoffe meure, d'avoir refusé à mon père les prix qu'il lui proposait, pour la robe que je dois porter au bal. Je souhaite que cette grosse outre pleine d'or s'étouffe de sa cupidité, et je le souhaite pour cette nuit, j'ai Dit!"

Nidala réfléchit, le meurtre n'était pas permis parmi les serfs, mais tellement d'autre chose aussi. Peut être que les seigneurs se trucidait à tout bout de champs, il en avait entendu parler, ça s'appelait guerre, duel, ou joute et personne ne semblait s'en offusquer. Il prit la lampe, et à la surprise d'Amania, au lieu de la frotter comme dans un conte, il chuchota tout contre, presque avec un ton d'excuse, doux puis suppliant. Enfin deux mains minuscules aux ongles étrangement long se raccrochèrent à chaque bort et s'extirpa du goulot une fée dorée comme du bronze, aux grande ailes de papillons de nuit, deux grand yeux bleue peint sur chacune. Battant lentement des ailes, elle et Nidala murmurèrent un court moment, et la fée, avant de disparaitre, lui posa un doux baisé sur le front.

-     Voila Amania, demain ton souhait sera réalisé, et demain soir je reviendrai t'en offrir un autre, puisse tu être heureuse, mon aimée. Et en lui laissant un dernier regard, un dernier sourire, il glissa doucement par la fenêtre, la nuit l'accueillant dans la douceur de son chant.

Amania se réveilla au matin, et se souvint de ce rêve quelle jugea idiot. Pourquoi n'avait elle pas rêvé plutôt d'être une princesse, ou une reine dans son palais d'ivoire. Un rêve idiot. Oui ! Elle avait bien sur vue la fée, mais pourquoi y penser, elle ne lui avait même pas parlée. Amania n'est ni innocente, et loin d'être naïve. Les fées c'est des histoires pour rêver. Puis d'autre soucis qui ne sont des soucis que pour ceux qui n'ont ni faim, ni froid, chassa ses pensée, jusqu'au soir...

Quand Nidala rentra par la fenêtre, la lampe a la main, sous le regard complice d'une chouette, Amania était éveillée et furieuse, assis dans son lit comme une souveraine à qui ont aurait volé son trône.

-     Te voila, méchant, te voila et tes vœux imbéciles. Le marchand est mort. Cambriolé dans sa maison, ligoté comme un poulet, il a quand même sauté sur les voleurs quand ceux ci s'emparaient de ses plus belles étoffes. Ils l'ont tués te dis-je ! Et sa maison est en deuil et à clos ses volets, et je n'aurai pas de robe à me mettre demain (sinon cent qui ne me plaisent plus). Sacripant ! Je vais te faire fouetter sang et eau ! Je vais...

-     Amania, Amania, excuse moi je t'en pris. Je voulais te rendre heureuse, et il n'ya que colère sur ton visage. Amania pardonne moi, laisse-moi me racheter. Je t'aime, je veux ton bonheur, permet moi d'envoyer une de mes petites amies satisfaire ce que tu veux, ce que tu veux vraiment. Car je n'ai pas d'autre souhait que les tien se réalisent.

Amania réfléchit, ce n'était plus un jeu, ce n'était pas un rêve. Que voulait-elle en réalité? Grande question! Que voulons-nous tous en réalité?  Mais c'est Amania qui doit répondre.

-     Je veux rencontrer un prince, un seigneur, qu'il soit beau riche et puissant, et qu'il me trouve à son gout, et qu'il m'épouse, et que cela soit fait demain, j'ai dit !

-     Amania, cela te rendra surement heureuse, j'en suis sur, et j'aime te voir heureuse, comme quand nous étions adolescent sous les oliviers, à nommer les nuages alors que nos parent nous cherchaient pour étudier, moi à servir, toi à être belle. Alors pour toi, je vais demander, et cela sera réalisé.

Il réalisa encore le miracle, murmurant a la lampe des mots doux, avec plus d'assurance cette fois. Sans se faire prier, une petite fée jaillit, ébène aux yeux d'émeraude, avec de grandes ailes de chauves souris. Son visage enfantin écouta ce que le serf lui murmurait, sourit et lui posa un rapide baisé sur la joue avant de s'enfuir à tire d'aile par la fenêtre.

-     Demain, Amania, demain tu seras heureuse, tes vœux réalisés, et demain soir je reviendrai t'offrir un souhait... Et ainsi dit il se coulât le long du mur et partit veillé du regard par les ailes de la nuit.

Amania se réveilla au matin, et se souvint du rêve qui était plus qu'un rêve. Elle ne savait comment, cet idiot de Nidala avait réalisé son premier souhait, et ce benêt essayerai surement de contenter son second. Comment il s'y prenait elle n'avait idée. Et qu'on ne parle pas de fée, Amania est instruite et intelligente, qu'elle voie des fées ne prouve rien, peut être était elle folle? Ou bien avait elle la fièvre des marais. De plus, une fée bien élevée lui aurait jeté un regard, voir fait une révérence, plutôt que s'occuper d'un serf sans nom ni honneur. Puis comme les personnes qui n'ont ni soif, ni tristesse, elle pensa au bal et passa le reste de la journée à choisir sa plus belle robe, ne comptant qu'a moitié sur la parole d'un simplet.

Et le soir s'en vint, et la nuit se lova sur la demeure du riche seigneur. Nidala se fondit d'ombre en ombre, à la faveur de la lune, qui éclaire tout mais ne montre rien. Sautant d'un geste dans la chambre d'Amania, espérant lui voir un sourire rayonnant (peut être pour se chauffer un peu sous ses rayons), il faillit tomber devant son regard sombre et son grondement, debout et habillée comme une princesse, mais aux facies déformé par la fureur.

-    Misérable vilain ! Gronda t'elle, ne fera jamais tu quelque chose de bien?

-    Amania, Amania, tu es furieuse je le vois, que t'ai je fais? N’as tu pas rencontré un prince ce soir au bal? Mon souhait pour toi n'a t'il pas été réalisé? Excuse-moi, Amania...

-    Si ! Il le fut, d'une façon déplorable, car le fils du roi de ce pays lui même s'est épris de moi.

-    Et bien, n'est il pas prince? On le dit beau et grand héros, et riche de mille conquêtes.

-    Idiot, tu ne sais rien : Il est beau, mais déjà vieux comme mon père, il est riche mais vit chichement pour plaire aux prêtres sans doute, et entend  que sa suite agisse de même, me vois tu dans des robes sans dorures? Ne buvant que de l'eau pure? Donnant mon vieux vêtement? Et de cet homme il est dit qu'il ne sait faire que la guerre, et quand ils partent, ceux de sa familles mettent leur femmes en cages, et elles doivent aimer ça !

-    Amania, Amania, ne crie pas, excuse moi Amania...

-    Tais-toi, j'ai dit ! Chien de serf, stupide comme une mule à qui on a omit les œillères, tu devrais remplacer nos bœuf, et recevoir autant de coup de bâton ! Il m'a vu des le début du bal, a écarté mes soupirants en les menaçant de duel que ces lâches ont refusés, aurait il pu essayer que diable, mourir n'a jamais tué personne ! Si la décence ne l’avait retenu, il m'aurait prise là au milieu des danseurs. Il n'avait qu'yeux pour moi, rougissant comme un puceau, riant comme un cheval de toutes mes phrases pour le repousser, les prenant pour jeux d'esprits ! Plaise à dieu qu'un mariage se prépare de longue date, sinon il aurait trainé un prêtre pour nous marier...

-    Amania, je suis désolé, je ne pensais qu'a ton bonheur. Mais rien n'est définitif, si tu ne veux pas, refuse, ou souhaite le et...

-    Refuser? Mes parents qui  ne m'on jamais rien refuser, se réjouissent d'alliances, de lignage comme si j’était la vache qu’on mène à un taureau de concours, de noblesse et autre fadaise, et ne m'écoute même pas, et quand il l'ont fait, c'est pour me faire prendre la chambre en riant de moi et de mes idées, comme quand j'était enfant ! Vois, vois où tu m'as mené, cervelle d'oiseau, cœur d'artichaut !

-    Pitié Amania, laisse moi réparer, puisse tu me pardonner... Et si comme lorsque nous étions enfants je venais te chercher pour s'enfuir dans les champs, lorsqu'il t'enfermait dans ta chambre? Viens avec moi, et nous feront un autre vœu, et nous réfléchirons mieux à ce que tu veux.

-    Non, idiot, tu as fait assez de dégâts. Donne-moi cette lampe, et montre-moi! Dit-elle avec dureté.

Soumis, tremblant, expiant, Nidala tendis la lampe et lui dit :

-     Ecoutes.

Elle écouta et entendis :

-     Libères moi.

Un chuchotement, intime et impatient :

-     Libères-moi, par pitié, et je ferai ce que tu voudras.

-     Mais comment te libérer, esprit ? cria-t-elle à la lampe, comme si celle-ci était sourde.

-     Chut, murmura la voix, libères moi, dis mon nom, chante le doucement à la lampe...

De rage et de dépits elle cria :

-    Mais je ne le connais pas !

-    Moi je le connais, dit tristement Nidala. Amania, Amania, me permet tu de te le dire à ton oreille? Me fera tu l'honneur d'être aussi proche de toi?

Car le nom des fées doit être tu, des mortels comme des immortels, et aussi des lecteurs. Et sans orgueil Nidala les connaissait, car avec gentillesse et sans façon il le leur avait demandé, après s'être présenté. Il lui souffla à l'oreille son savoir et elle impatiente, sans attendre, ordonna à la fée, après l'avoir nommée.

-    Mon premier voeux, que cet imbécile disparaisse, disparaisse à jamais de ma vue! Que cela soit fait j'ai dit, et maintenant !

Une grande fée blanche comme la neige sortit de la lampe et déployât de grandes ailes semblables aux hirondelles de mer, et d'une épée en forme de bec de corbeau, creva en un mouvement les deux yeux d'Amania. Elle regarda durement Amania qui pleurait des larmes de rages et de sang,  suppliant la lampe de lui rendre la vue, de la venger, et maudissant le monde de ne pas être à ses pieds. Elle regarda Nidala et lui fit un sourire triste et sincère, alors qu'il était en larme lui aussi, soufrant pour son aimée, puis lui fit un doux baisé sur les lèvres et s'enfuit là où vont les fées, loin des hommes et de leurs désirs.

Et Amania, maintenant frottant la lampe comme dans les histoires et les contes, et exigeant : mes yeux ! Que cet imbécile disparaissent, qu'il n'existe plus, obéit ! J’ai droit a trois vœux, il en reste encore deux ! Mes yeux !

Mais si il est un fait que dans le reflets d'une perle on peut emprisonner une fée, dans la fumée d'un narguilé : deux, dans les trames d'une tapisserie tissé a la lune noire, lors qu'elle repose : six, et dans une dame jeanne remplit d'une larme de vierge et scellé de son baisé : neuf, il est moins connu que dans une lampe remplit d'une huile des treize premières olives des treize plus vieux oliviers, on ne peut enfermer que trois fées, que ceux ou celle qui les enferment ne peuvent prononcer les voeux, et ceux qui les prononcent les libèrent a jamais, et ne peuvent recommencer. Et surtout que les fées, bien que tenu de respecter le souhait, ne sont pas pour autant esclaves, sinon de leurs sentiments, et qu'un souhait peut être interprété de bien des façons.

Nidala savait tout cela, et son regret le plus vif est qu'il devait lui même satisfaire au mieux le dernier vœu de son aimée. Il devait disparaitre. Trop sain et simple pour penser même à mourir, il se glissa par delà la fenêtre alors que toute la maisonnée se réveillait, que cent garde se bousculaient, et partit tristement sur le chemin de la ville, et aucun noble soldat même ne le remarquèrent car ils ne voient jamais les humbles, surtout si ils marchent lentement la tête basse.

Pour ne plus exister, il suffit de ne plus être, de ne plus avoir de rêve, plus de souvenir. Nidala s'assit sur un muret a la ville, dans le quartier des prostituée où l'on est personne, prit un caillou, petit et blanc, et y mis son rêve. Il jouait avec en réfléchissant que son rêve n'avait pas pu rentrer dans si peu de chose, il en prit un deuxième. Les lançant, les rattrapant, dune main, puis de l’autre, puis des deux, il en prit un troisième car il se sentait encore exister. Jonglant maintenant, il se sentait mieux. Parfois un caillou tombait, comme un rêve déchu, mais il n'avait qu’à se baisser pour le remettre dans sa ronde. Le matin le trouva là, et le soir aussi. Il s'endormi sans s'en rendre conte, et au réveil, il reprit ses cailloux. Les passants le remarquèrent, certain lui laissant une pièce qu'un autre mendiant lui chiper, d'autre un quignon de pain, des fruits pourrit ou un bouillon chaud. Il se nourrissait par automatisme et rapidement, pour reprendre ses cailloux, pour continuer la ronde des rêves, seule chose qui apaisait sa conscience. Les jours passes et le nombre de caillou augmente, comme les rêves d'une personne immobile, comme la rouille d'un cargo abandonné, sautant de main en main, toujours dans le même sens hypnotique. Nidala s'inquiéter de les garder toujours sous les yeux, de peur qu’ils réapparaissent dans l’existence d’Amania et lui cause gène ou souffrance. Au rythme des flutes et des tambours du bordel voisin, la ronde s'accélère, jour après jour. Les gens parles : on dit que c'est un prince déchu, non le roi en personne amoureux d'une fille de joie, un barde devenu fou, ou un magicien qui réaliserait un sort particulièrement long, on dit qu'on aurait vu des fées le bercer et le laver pendant son sommeil, on dit tellement de chose. On dit qu'Amania est morte attaquée par des voleurs, on dit que le prince lui même les pourchassa ivre de vengeance et en tua mille, dont au moins cent n'étaient pas des bergers ou des paysans. Mais Nidala n'écoutait pas le monde, car il n'existait plus, obéissant aux derniers vœux de son amie.

Une nuit où il ne parvenait pas à dormir, où Seize cailloux blanc voltigeait dans ses mains, à une hauteur impressionnante, l'un d'eux percuta une chauve souris qui lâcha un petit couinement tout bête, mais qui se veux un jurons bien senti chez les chauves souris. Il retomba par une fenêtre, où un cri retenti, puis des paroles de colères. Perplexe, il se dit qu'il fallait exister un cours moment pour récupérer ce rêve. Ne l'ayant plus sous les yeux, qui sait ce qu'il fera? Peut-être se remettrait-il à exister? Avec de la malchance cette part de lui finirait-il par aller ennuyer Amania ? Il rangeât ses rêves dans sa poche, et toqua à la porte du bordel.

Une servante lui ouvrit, de celles qu'on achètent au marché des esclaves, ou vendues par leur parents, ou données en louage pour payer une dette. De celles et ceux de la rue qui lui apportaient parfois un bouillon chaud et quelques paroles réconfortantes. Inquiète, elle lui dit :

-   Fuit, imbécile, fuit, bienheureux nigaud, la maquereaude est en colère, est furieuse, elle l'a reçu sur le nez, et jure mille diable que ce n'est permis qu'on lui prenne hier les yeux, aujourd'hui le nez.

Un grand papillon de nuit, attiré par la lumière, s'était posé sur ses cheveux, d'un geste doux il le prit et lui souffla une autre direction. Puis il sourit à la servante et lui dit :

-   Je ne risque rien, je n'existe pas, mais je dois aller récupérer mon rêve, s'il te plait.

Ne sachant que dire, elle s'écarta devant lui, autant arrêter un fantôme, pensa t'elle (nous penserions comme elle, j'en suis sûr). Suivi de la servante se tordant les mains, il trouva la chambre où une femme aux yeux clos, des yeux ouverts dessiné au henné sur ses paupières, s'épanche en lamentation, avec une demi douzaine de filles de joies essayant d'endiguer le sang coulant de son nez : il faut du vinaigre, non de l'eau froide, non chaude, la tête en arrière, non en avant...

Il ne dit mots et pris le caillou, mais avant qu'il put partir, une mégère plus méchante que les autres cria :

-    Dame, voila votre assassin, votre meurtrier, au garrot ! À la potence ! Il a l'impudence de revenir chercher son arme !

Amania dicta alors, car c'était elle :

-    Et bien mes filles, il ne vous fait pas peur tout de même, écorchez le, j'ai dit !

-    Amania, Amania, est tu heureuse?

-    Nidala? Nidala? Que les dieux bénisses l'instant de ma vengeance, je ne verrai pas ton sang, mais je le boirais, le mettrai en bouteille et en dégusterait une fois par ans comme le vin cher ! Jubila-t-elle.

-    Amania, Amania, celui que j'étais t'aime, j’étais ton amis, maintenant je n'existe plus comme tu le souhaitais, je surveillais bien mes rêves pour avoir bien soin de ne plus te gêner, ne plus t'embêter, mais l'un d'eux, ho pardon, est rentré ici, je le reprends et je ne t’embêterais plus, mais rassure moi, es-tu bien heureuse ?

-    Heureuse? Maudit soit tu Nidala, tu m'as fait deux fois borgne, une honte dans une famille comme la mienne, mon père m'a pris pour une folle quand je lui ai racontée histoires de lampes et de fées, m'a fait passé pour morte et m'a mis gérante d'une de ses maisons à plaisir, pour ne pas faire rejaillir le déshonneur sur ma famille, et je devrais être heureuse?

-    Mais, Amania, je n'ai jamais fais que ce que tu souhaitais, Amania je t'aimais et voulais le meilleur pour toi, j'ai accédé à tous tes vœux, et tu as toujours eu ce que tu me demandais.

-    Idiot, simple d'esprit, nous ne sommes plus des enfants, comme à l'époque où tu prenais les punitions à ma places, ou je t'envoyait sur la plus haute branche espérant te voir choir la tête la première pour en rire, te faisant voler les pâtisseries qu'on me refusait et que tu m'apportais, toujours obéissant au moindre de mes gestes... Aujourd'hui tu n'es plus rien, comme je ne suis plus rien. Ho tu existes encore, et tu vas payer jusqu'à ce que je sois sûre que tu es ton du ! Cela est mon seul bonheur, je ne peux plus voir ma beauté, mes robes dorées, mais je sentirai ton cadavre sous mes pieds et j'entendrai les charognards te becqueter, oui ! J’ai dit !

Triste et pensif, Nidala pris les seize cailloux, les déposa sur la robes d'Amania qui sentant un poids commença à les palper avec curiosité.

-    Voila, je  mets mon existence entre tes mains, tout ce dont j'ai cru, tout ce que j'ai aimé, tout ce à quoi j'ai rêvé, tout ! Je te le donne, tu me tiens entre mes mains. Fais ce que tu veux de moi, et que cela puisse au moins une fois te rendre heureuse.

Puis il fit demi tour et s'approcha de la porte où la servante était bouche bée.

-         Et toi, mauvaise bonne, cria Amania à sa servante, qu'attend tu, arrêtes le, assommes le, à quoi sert tu, toi qui m'amènes le malheur? Va, arrêtes le sinon je te fouette, je te revends, je te jette à la fosse...

Pendant quelle criait la servante pris la main de Nidala, et l'entraina dans l'escalier alors qu'Amania prise de folie furieuse se mettait à lancer les 16 cailloux, et toute sa suite de s'abriter sans pouvoir les poursuivre. Elle prit une besace qu'elle remplit rapidement de quelques objets de valeur. Il la regarda faire avec curiosité, et elle prit cela pour un regard désapprobateur.

-    Puisque tu n'existe plus, tu n'as rien vu, dit elle en l'entrainant dehors.

Elle s'arrêta indécise, lui comme s'éveillant d'un long sommeil. Un cri perçant vint du ciel et leur fit lever la tête, et se détachant des nuées nocturnes comme un fantôme blanc, une hirondelle de mer planait vers l'océan.

-    Oui ! dit elle, le port, allons au port, j'y ai quelques amitiés, avec tous ces marins et ces capitaines qui sont passés au bordel et qui m'ont potelé pendant que je leur servais du vin. Tous ces matelots et ces officiers que je réveillais au matin pour ne pas rater la marée, il y'en a bien un qui nous permettra d'embarquer vers ailleurs. Ici est fini !

Une fois sous la protection du pont d'un navire, elle alluma une lampe à huile, et regarda Nidala pensivement à la lueur de la flamme d'un objet qui n'avait rien d'autre de magique que de ne l'avoir jamais été. Elle sourit puis lui baisa le front,

-    Alors comme ça, tu n'existe pas Nidala?

Elle l'embrassa sur la joue,

-    Non répondit il, Nidala est resté là bas.

Elle posa ses lèvres sur ses lèvres

-    Alors qui est tu, mystérieux jongleur ?

Après un silence, il prit trois flotteurs en verre qui trainaient là, et se mit à jongler d'une nouvelle façon. Le ballet des boules en verre n'était plus hypnotique, mais libérateur, ce n'était plus des rêves du passé, qui dansaient là dans ses mains, mais des songes d'avenir. De contempler ces songes qui ne demandait qu'a naitre, il sut quoi répondre à la servante.

-    Je m'appelle Aladin, et toi?

Ainsi se clôt notre histoire, ainsi se repose nos rêves. Que l'on sache qu'ils vécurent heureux n'a que peu d'importance, et le nombre d'enfant qu'ils eurent, s’ils en eurent, serait presque indiscret.

Mais c'est le rôle du narrateur d'être indiscret sans trop en dire, et je peux vous dire qu'ils vécurent ensemble assez longtemps pour voir leurs arrières petits enfants apprendre les noms des fées et le jonglage des rêves. Peut-être libérèrent-ils encore nombre de fée : brisant leur prison de perle, ouvrant les lampes et dame jeanne, dispersant les fumées trompeuses? Et sans doute sans jamais rien leur demander en retour que ce qu'elles leur donneraient volontiers.

La morale de cette histoire, me dirait vous? Et bien si vous y tenez, on pourrait conclure que l'amour rend aveugle, et pas toujours ceux dont les sentiments sont les plus forts, et que yeux ouvert ou yeux fermés, certains ne voient jamais les fées. Ha oui, me dirait vous aussi : que si ceux qui donnent beaucoup devrait apprendre à réfléchir un peu avant,  ce qui prennent beaucoup devrait apprendre à donner un peu après. Et que l’on donne ou que l’on prenne, l’important c’est de s’aimer et l’amour n’est pas un don, ni un partage, mais une raison de vivre. Puisses-tu m’entendre, petite fée...

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