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28.05.2007

Corbeau

Inspiré d'un conte nordique

Il était une fois un corbeau noir comme l'ébène, qui souhaitait acquérir tout le savoir du monde.

Il se rendit au puits de la connaissance, un puits comme les autres en apparence, caché parmi les vanités des hommes, mais connu chez les corbeaux pour détenir tout les secrets de la création, de l'avenir, du passé. Il se posa sur le rebord et regarda au fond du puits : c'était noir, plus sombre que son plumage, plus sombre qu'une nuit d'orage. Il croassa, mais aucun écho ne lui répondit, il y jeta une pierre, mais, aucun son ne remonta jusqu'a lui. De dépit, et ne voulant oser y plonger, de peur de ne jamais remonter, il interpella une sorcière qui officiait non loin de là.

"Croaa, noble dame, me dirait vous comment, sans plonger dans le néant, pourrais-je accéder à la connaissance, tapis au fond de ce puits?"

La dame lui répondit : "ceux qui viennent ici se détachent de quelque chose qui leurs permettent de satisfaire leurs désirs : celui qui a voulut s'emparer du savoir, s'est tranché la main et l'a jeté, celui qui a voulu parcourir tous les secrets, c'est tranché le pied et l'a jeté, celui qui a voulut effleurer la vérité, s'est tranché le doigt et l'a jeté..."

Le corbeau, soudain méfiant, se demanda ce qu'il voulait vraiment. En réfléchissant il se dit que contempler la création serait sa plus grande satisfaction, ainsi donc il devrait sacrifier un de ses beaux yeux de geais.

Il y réfléchit à deux fois, avant de savoir lequel jeter. Car les corbeaux ont deux yeux bien différents, un qui ne voit que le bonheur, l'autre qui ne décrit que le malheur. Ainsi, selon qu'il regarde un champ de bataille avec son œil de bien ou son œil de mal, il le décrira soit en éclatante victoire, en pittoresques mêlées, exaltation et courage, honneur et adversité, soit il racontera l'horreur des charniers, l'odeur du sang, le cri des mourants et des agonisant, les larmes des mères, des veuves et des orphelins.

Ainsi Corbeau se demandait, "soit je ne vois plus que le bien, et comment alors distinguer la vérité, soit je ne vois plus que le mal, et alors quelle grande tristesse sera ma vie." Mais toujours gardant en vue son projet, il décida que sacrifier son œil de malheur lui enlèvera peut être beaucoup d'objectivité, mais au moins il verra la vie du bon coté.

Ainsi pensé, ainsi fait, son œil de tristesse tournoya, et disparu au fond du puits. Pendant un court instant sur terre, et une éternité dans l'âme du corbeau, tous ce qu’il avait toujours voulu savoir lui fut révélé, tous les plus grands secrets, les plus grandes découvertes, tout ce qui était hier, tout ce que sera demain. Hélas pour lui, il le vit avec son mauvais œil, celui qu’il avait jeté. Et de tout ce qu'il contempla, il ne lui vint aucun espoir, ni allégresse, le passé était remplis de sang et d'injustices, l'avenir semblait perpétuer erreurs et horreurs du passé, les secrets n'était que des mensonges manipulant et asservissant le monde, le progrès ne consistait qu'à mieux détruire son prochain, qu'a satisfaire l'égoïsme des puissants, il voyait sa propre mort, comme celle de tous les être aimés, il voyait les faiblesses, trahisons, souffrances, de tout ce qui lui avait semblait bon et bien.

Une fois terminé, et comme le corbeau n'était pas un imbécile, ni un insensible, il ferma son unique œil et pleura beaucoup. Mais il se dit que ce n'était que passager, et qu'une fois ses larmes séchées, il retournerait parcourir le monde, et redeviendrait un oiseau à l'œil vif, au plumage éclatant, à la répartie joyeuse, au milieu des prés et des champs.

Mais quand il rouvrit son unique œil, horreur ! Tout ce qu'il voyait était magnifique, plein de riante couleur, tout sentait la vie, chantait le bonheur. Mais ce que son œil lui disait, sa tête lui répondait : en tes souvenir tu sais que tout cela périra un jour, que les fleurs faneront, que les amoureux se déchireront... Que tout bonheur a une fin.

Corbeau depuis ce jour, plus jamais ne fut le même, et seul la sorcière sut ce qui s'était passé, et passa sa vie à le réconforter, lui offrant même l'immortalité, mais ceci est une autre histoire...

25.05.2007

Ballade au pays des rêves

Dans la forêt, il y a un chemin que tout le monde connaît et emprunte chaque jour pour des marches sportives, un petit bol d'air ou une grande randonnée, et pourtant, bien qu'aucun panneau ne l'indique, ce chemin bifurque à un endroit bien particulier.

Il faut y aller à une certaine heure pour le trouver, et être animé de certaines intentions, mais surtout de certaines émotions. Quand le crépuscule arrive, que le soleil n'éclaire plus que le ciel et les nuages, offrant milles couleurs à tes yeux émerveillés, on peut voir distinctement l'embranchement. Si la lune est haute, et si elle est ronde, alors tu le trouveras encore plus facilement. Ne le cherches pas sur la carte, car les cartographes n'ont pas cru bon d'y inscrire ce passage, si même ils le connaissent.

Il mène à un petit cimetière, qui, s’il impressionne un peu du fait de l'obscurité et des ombres dansantes, embaume des nombreuses fleurs qui poussent naturellement sur les tombes et les honorent de leurs couleurs. Une douce quiétude envahit le visiteur. Une grille entoure ce cimetière, mais une grille pas méchante, qui ne demande qu'a laissé passer les courants d'air et les montes en l'air, avec des lances peu agressives, toutes tordues et décorées de leur plus belle rouille. Au-dessus de la grille hospitalièrement ouverte, soutenue par deux piliers de pierre surmontés de deux fées de cristal aux ailes déployées (qui l'ouvre pour livrer passage aux visiteurs dès le soir tombé), il est indiqué en grec que ce lieu n'existe pas. Ca ne veut pas dire que tu ne peux pas y rentrer, mais plutôt que tu dois t'attendre à tout.

En traversant ce cimetière, au détour d'une croix, tu tomberas peut être sur un nom connu, le nom d'un être cher disparu, ou même celui de quelqu'un que tu n'as pas vu depuis longtemps et qui est encore vivant. C'est que ce lieu est un peu hors du temps, n'hésites pas à honorer de quelques minutes de silence et de méditation le souvenir des personnes que tu chéris, mais pas trop longtemps, car il est important pour la suite de l'histoire que tu continu avant que la nuit ne tombe complètement.

 

Ce cimetière est un des rares de ce monde à avoir une sortie. La plupart n'ont qu'une entrée, qui sert aussi de sortie pour les vivants. Mais celui-ci tout au bout possède un édifice de pierre : deux piliers carrés, soutenant une énorme pierre rectangulaire surmontée d'un chapeau de pierre lui aussi, en forme de pagode. Sur l'énorme pierre est sculpté un visage bourru, aux grosses lèvres, aux yeux aveugles et ténébreux, comme le regard d'un Moa de l'île de paque, entre art africain et Inca : c'est le gardien. Mais c'est aussi la sortie. Si tu n'es pas en avance comme je le pense, tu verras à travers cette porte un passage en pierre de taille (même de grande taille) qui descend, défiant les conventions car derrière l'édifice il n'y a rien, et il n'est pas assez large pour permettre une pente si douce. Enfin je t'avais prévenu, il faut t'attendre à tout. Tu pourras lire sur le fronton de pierre une inscription en latin que ma faible culture a traduite ainsi : "Ci gîtes mon esprit, à la vie éternelle". Je n'ai jamais bien compris de quel esprit il s'agissait, du miens, du tiens, de celui d'un autre ? Le gardien pense que spiritum indique "l'état d'esprit", et qu'ainsi il s'adresse à tous, et que ad vitam eternam indique que chaque personne qui y rentre y laisse son emprunte à jamais.

 

Avant tout et un point important que j'ai oublié de te signaler, ne vient pas en basket. Je ne sais qui à dit au gardien que les baskets etait fabriquées par des enfants exploités, mais il refuse depuis que quiconque chaussé de tel continu son chemin. Si tu en as il vaut mieux les enlever avant de le rencontrer, pour ne pas le vexer. Tu verras que ces mains sont cerclées de chaque coté intérieur de l'entrée. Tu peux lui serrer, malgré qu'elles soient de fer et de cuirs, il est très adroit et n'abuse pas de sa force. Présentes toi et pour la première fois, discute un peu avec lui pour faire connaissance. Il est bourru mais sympathique, et ces rares pointes d'humour font toujours mouche. Je pense qu'il te donnera quelques recommandations, écoutes les avec attentions, car il est de bon conseil. Et même si grâce à moi tu sais à quoi t'attendre, j'ai peut être oublié quelques détails importants. Enfin rien de grave, puisqu'en j'en suis toujours revenu, sauf la fois où... Mais il te racontera je pense, dit lui que tu viens de ma part. Il s'amuse toujours à chaque fois que je franchis son portique à me sermonner sur cette fois la. Il prend un air inquiet et de sa voix grave me dit "et surtout cette fois ci, n'oublie pas l'heure". Inutile de regarder ta montre, l'heure là-bas est très bien indiqué. A vrai dire le temps n'a pas la même importance qu'ici, il n'y a que deux heures : l'heure ou tu viens, et l'heure ou tu t'en vas, et comme je t'ai montré à quel moment arriver, je t'indiquerai quel sera le moment de partir. Bien que les manquements aux règles de ce lieu ne soient pas fatals, ils ne sont pas non plus sans inconvénients. Je suis sur que si tu as un peu de temps, le gardien te racontera une foule d'histoire à ce sujet.

 

En descendant les fausses marches, tu tomberas sur Hanz, celui que j'appelle le concierge. Il tient le vestiaire et malgré son air peu engageant, sa tête énorme saturée de veine, ses grands yeux aveugles, ces bras squelettiques et désarticulés et son corps maigre, il te sera impossible de l’éviter car avec le gardien c’est lui qui règle les entrées et sorties. Fait attention, c'est un filou, il te demandera si tu ne veux pas laisser ton manteau, ton âme ou ton corps aux vestiaires, en caution. Je me suis laissé dire qu'il en profitait pour les fouiller, et le gardien m'a confirmé qu'il n'etait pas très net. Mais il a un bon fond, et puisque te voila prévenu de garder toutes ces choses qui te paraissent importante, tu lui laisseras en gage un souvenir désagréable ou pesant, ou un objet qui t'était cher mais dont tu veux te débarrasser. Certain y laissent leurs corps pour aller à la vitesse de la pensée, mais je trouve peu d'intérêt à le séparer de mon âme, et je t'enjoins aussi à ne pas le faire. Tu auras beaucoup plus de sensations, et ton corps te sera grés de ne pas le laisser accroché aux portemanteaux disgracieux. Hanz sera content quoique tu lui donne, conscient d'une bonne affaire. Il te laissera ensuite continuer ton chemin, te prédisant maintes mésaventures juste pour te faire peur et donner un peu de piquant au voyage. Tu arriveras en suivant le couloir, qui est devenu humide et moisi comme des catacombes, à plusieurs bifurcations. Inutiles de les prendre, elles rallongent le chemin et mènes à la même destination. Va toujours tout droit et peu de temps après tu arriveras à la ville, sous le grand dôme de pierre. Il n'est pas très haut, mais bien assez haut comme ça pour surmonter les plus grands édifices de cette cité.

 

La ville est grande, mais on ne s'y perd jamais. On peut flâner et suivre son inspiration d'une rue a l'autre, ou vouloir aller quelque part et au détour de quelque passage on y arrive sans comprendre comment on a fait. Il faut faire attention car certains quartiers sont mal famés, ceux qu'on appelle les "redouteux" les hantent et t'interpellent alors, te lançant doutes et remords sur ce que tu as raté, sur des souvenirs déplaisants, sur "ce qui ai fait et qui n'est plus à faire si tu l'avais fait", et gna gna gna... Ignores les, ils ne sont pas dangereux, aux pires ils te rendront un peu triste. Si c'est le cas, le meilleur endroit pour te revigorer est le "Café es lettres". Un bon endroit pour s'asseoir un instant, boire une bière fraîche, un verre d'absinthe ou de vin rouge, et écouter les poètes et les bardes déclamer leurs œuvres. Je dois dire que j'y ai été particulièrement ému plus d'une fois. L'estrade est lumineuse, pulse et tourne en harmonie selon les cadences de la voix ou de la chanson. Je te conseille si tu peux d'écouter la lecture des extraits de "Lettre à un jeune poète" de Rainer Maria Rilke, qui m'a donné une toute autre idée de l'art. Tout autour sur des tables en forme de clair de lune tu verras attablé de nombreux écrivains et personnages célèbres, j'y ai vu Victor Hugo la dernière fois, peignant doucement le portrait d'une chanteuse à la mode que je ne connais bien entendu pas, en trempant une allumette dans son café en guise de stylo à encre. Les serveurs ont l'air bizarre, tu verras même peut-être quelques visages qui ont hanté tes cauchemars d'enfant, mais ne t'inquiètes pas, ceux ci sont à la retraite, et bien content de l'être. Cauchemar ce n'est pas un métier de tous repos, ils travaillent pendant que les gens dorment, et ils doivent faire peur sans réveiller complètement... Demande leurs quelques "trucs" si tu fais encore des mauvais rêve. Ils ont toujours plaisir à parler technique avec des connaisseurs.

 

Si tu veux te reposer un peu, j'ai une petite chambre, passage du Chat Noir, en face du café du même nom. Tu demanderas la clef, si la porte n'est pas ouverte, au chat noir qui y tient boutique. S’il est absent, demande donc au chat blanc qui tient le débit de tabac juste en face. La porte est au numéro 19, et donne directement dans la chambre. Il n'y a que le minimum de confort, mais tu trouveras des couvertures dans le coffre sous le lit et de quoi passer le temps avant de dormir un peu : une table, du papier, de l'encre, des verres et quelques bouteilles de rouges cachés derrière les livres de la bibliothèque. Si la lampe a pétrole est vide, il y a une belle collection de bougie qui se cache dans chaque recoin. Tu auras un peu de lumière venant de la petite fenêtre avec les barreaux. Oui je sais ça donne un petit air de prison. D'ailleurs j'y suis resté un temps enfermé, avant de trouver la sortie. Tu remarqueras qu'une fois rentré à l'intérieur il n'y en a pas... Juste un tableau au mur, avec une porte dessinée simplement. Il suffit que tu te mettes devant et que tu t'imagine tourner la poignée et sortir pour te retrouver dehors.

 

Un autre lieu à visiter est "le lieu des secrets". Pour le trouver il faut emprunter uniquement les ruelles et les sombres passages qui descendent vers le bas. Je sais ce que tu viens de penser, mais dans cette ville, il n'est pas rare de descendre vers le haut, ou de monter vers le bas. Cet endroit n'aura peut être pas grand intérêt à tes yeux aux premiers abords, mais je vais t'expliquer le comment du pourquoi : C'est une sorte de bibliothèque, dans une ancienne cave à vin aux murs voûtés. Les rayonnages sont couverts de livres noirs et poussiéreux, remplit de feuillets vierges. Au centre, tu verras un petit secrétaire avec un livre ouvert, sur lequel une plume s'escrime. Celle ci, comme les secrets qu'elle rapporte des six coins du monde, n'a besoin de personne pour exister, et elle voltige avec application et remplit les pages blanches à l'encre sympathique. Cette encre est un peu magique et ne sympathise point avec la chaleur mais avec le destin, et en feuilletant les livres tu auras peut être la chance de tomber sur quelques phrases écrites avec style parlant d'un secret passé, présent ou futur te concernant. Ne referme surtout pas le livre, ou ne tourne pas la page avant d'avoir mémorisé ou compris le contenu car alors, le message disparaîtrait aussitôt.

 

Si tu commence à te sentir un peu à l'étroit, un peu claustrophobe après avoir parcouru toutes ces cavernes et souterrains, et puisque tu es descendu maintenant aux "lieu des secrets", je te conseille d'aller vers cette petite salle que tu vois maintenant à droite de l'entrée, éclairée par des becs de gaz en fers forgés aux courbures élégantes. Tu y trouveras un escalier en colimaçon bien illuminé qui descend profondément. C'est fatiguant mais je t'assure, cela en vaut la peine. Arrivé en bas, le couloir continue jusqu'à un puits, dont la margelle est enluminée et gravée de "A vos souhaits, et vos amours". Monte dans le seau qui a été récemment installé pour descendre tout au fond, où tu peux voir une faible tache lumineuse. A une époque il fallait carrément s'y jeter, et tellement peu de gens osaient s'élancer que l'endroit faillit être oublié. Seul les suicidaires, les fous et les maladroits qui se penchaient trop le redécouvraient par hasard : en tombant dedans. Remarque bien qu'ils en reviennent guéris ! Mais comme tu peux voir l'office du tourisme à pris le problème à bras le corps et à installé cet ingénieux système d'ascenseur, bien que pour ma part il aurait pu être un tant soit peu modernisé. N'ai pas peur de tirer sur la corde : elle forme une boucle qui te fera monter ou descendre, et le spectacle qui t'attend, j'en suis sur, t'émerveillera.

 

Tu sauras que tu es arrivée en bas des que tu sentiras ton cœur battre plus vite, et que tes ailes pousseront. Moi je descends sous la forme d'un martin pêcheur. C'est assez fatigant parce que j'ai de petites ailes, et un bec bien long et lourd qu'il faut sans cesse rééquilibrer. Mais la sensation est quand même formidable. Et toi sous quelle forme glisseras-tu au travers des nuages ? Dès que tu veux, quand tu le sentiras, et que tu n'auras plus peur, tu peux t'élancer. Une hirondelle ? Une mouette ? Un colibri ? Un corbeau ? Certain on la chance d'être des aigles ou des albatros, mais l'atterrissage est plus compliqué et ils sont aussi maladroit à terre que majestueux dans les airs. "Ses ailes de géants l'empêchent de marcher", comme disait Baudelaire (ou etait ce Rimbaud ?). Ne t'inquiète pas trop, comme tu le verras, le sol est doux et recouvert d'herbe à l'infini, et une fois au sol tu te retrouveras sous ta forme habituelle. Je suis sur que tu n'auras jamais vu de paysage aussi majestueux, doux et d'un vert si tendre. C'est le "le Pays Vert". Ce qui te semble de haut un plat pays est en fait arrivé en bas une lande couverte de vallons et de collines aux pentes douces. Ici et là un arbre offre de l'ombre au voyageur, la brise caresse et rafraîchit celui-ci et de nombreux ruisseaux à l'eau claire te permettront de te désaltérer. Tu trouveras le chemin après quelque pas, il n'y en a qu'un et tu ne peux pas te tromper. Qu'importe la direction que tu prends, il te mènera toujours au même endroit. Seul change le temps qu’il faut pour y arriver.

 

Je te conseille, quand tu arriveras à une petite auberge, de t'arrêter car la nuit tombe vite. Ne t'inquiète pas le temps d'ici ne se déroule pas au même rythme, comme je te l'ai dit, et on y reste d'habitude le temps qu'il faille pour faire les choses qu'on a à y faire, ne serait-ce que flâner loin de la dureté et de l'agitation du monde. C'est vraiment une très petite auberge, la porte ne fait que 30 centimètres de haut, et elle est tenue par ce qui te semblera un Lutin en kilt. Je n'ai jamais osé demandé à Pazcual (c'est son nom) ce qu'il etait vraiment, mais avec sa chéchias rouge de zouave, sa barbichette blanche, sa pipe ornée et son kilt aux couleurs d'un clan qui n'existe plus, il me fera toujours penser aux gens du petit peuple des légendes celtiques. Il est aimable et te proposera l'hospitalité d'un repas, d'une carafe de vin, un peu de tabac et de la tourbe séchée pour entretenir le feu toute une nuit dehors (car peux de gens arrivent à dormir dans son auberge, du fait qu'ils n'arrivent pas à y rentrer : c'est vraiment une très petite auberge). Il est assez susceptible, et même un peu taciturne, mais il est polit ; il t'écoutera et répondra avec intelligence aux questions pertinentes. Si tu le blesses par inadvertance, ou que tu t'ennuis un peu, demande-lui quel est son passe temps : il est forgeur émérite, et cela lui fera grand plaisir de parler de son art. Il pourra même, si tu lui en fait la demande, t'apprendre à forger patiemment et te prêter pour un soir sa petite forge pour que tu puisses t'entraîner après couché. J'en profite d'ailleurs pour te recommander de te munir d'une cape ou d'un trench-coat dans lequel tu pourras t'enrouler dedans, les nuits sont douces mais l'herbe est fraîche et la rosée du matin en a enrhumé plus d'un. Prend aussi avec toi quelque morceau de métal, des pièces en argents par exemple, avec laquelle tu te confectionneras une amulette grâce a la forge de Pazcual dans lequel tu mettras un de tes cheveux : une bonne protection contre les voleurs. Car ce brave petit homme à un vice, il est cleptomane. Et des que tu dormiras il fouillera tes affaires pour en garder un souvenir. Cette amulette empechera qu'il te vole quoi que ce soit sur toi, et avec le surplus d'argent, tu forgeras un ou deux petits lingots que tu laisseras dans une de tes chaussettes, un peu à l'écart, hors de l’influence de ton gri-gri. Ça lui fera plaisir j'en suis sûr, et tu ne feras semblant de rien en lui disant au revoir. S'il t'a pris la chaussette aussi, alors marches pieds nus, tu verras comme c'est agréable. La nuit tu frissonneras peut être tout d'un coup, tu lèveras alors les yeux et tu verras une bande de grands loups noirs t'observer calmement, sans faire de mouvement, assez loin du feu. Ils n'ont jamais attaqué personne que je sache, mais leurs présences angoissent certains voyageurs. L'amulette là encore te rassurera. Enfin tu verras, tout est superbe au pays vert, et si la nuit les étoiles ne sont pas toujours à leur places, elles brillent sans concurrences, et sont les seules lumières à illuminer les cieux.

 

 

 

 

En continuant le chemin, tu rencontreras sans aucun doute le conteur. C'est un homme entre deux ages, mais personnes ne saurait dire lesquels. Il a un chapeau du style canotier, des lunettes d'écailles, un carnet de note et se tient la plupart du temps sur un petit muret de pierre, sous un groupe de jeunes chênes, à penser et à écrire, le sourire aux lèvres. Il est d'agréable compagnie, a toujours milles historiettes à raconter, et te proposera peut être de faire un bout de chemin avec toi. Tu auras peut être alors la chance de voir la comtesse. Son carrosse ne passe pas inaperçu, et pourtant on ne le voit qu'au dernier moment, étrange sur ces plaines où le regard ne semble arrêté que par l'infini. Il est rouge, et ressemble aux larges diligences européennes qu'on utilisait au début du XIXeme siècle. L'attelage est constitué de chiens? De porcs? De sangliers? Des trois à la fois? On n'arrive jamais à bien les distinguer, comme s’ils étaient tellement pleins d'énergie qu'ils en devenaient flous. Le cocher, un géant taciturne et moustachu, avec un haut de forme en fourrure, ne ménage pas ses étranges montures. Je ne pense pas m'avancer en disant que la comtesse est une femme très belle, mais d'une beauté simple et sans arrière pensée, une beauté... lumineuse. Est-elle l'amie du conteur? En tous cas ils vivent au même endroit, et elle s'arrête toujours pour le faire monter lui et les voyageurs qui l'accompagnent quand son attelage les croise. Alors que toutes paroles que tu diras dans la diligence seront recouvertes par le bruit des roulements, des cahots, des cris et grognements des chiens-porcs-sangliers, des hurlements du cocher, des "quoi ? " et des "comment ?" du conteur (que je soupçonne aussi d'être un peu sourd d'oreille ou continuellement dans la lune), suivi de tes propres "hein ? Pardon ?", chaque paroles de la comtesse, et pourtant elle parle très doucement et sans presque remuer les lèvres, seront intelligibles et douces à tes oreilles. Comme si tu les entendais avec ton cœur et non tes oreilles. Ils t'offriront avec simplicité l'hospitalité dans leur demeure, mais profite du voyage pour t'informer et leur poser de nombreuses questions sur tout ce que tu vois, ou ce que tu pense, car après... Et bien tu ne te souviendras de rien. Personne ne se souvient de "Château Vert", le lieu où ils t'accueilleront, sinon cela : un château en buis, les feuilles tournée vers le dehors, le bois entremêlé en motifs à l'intérieur, des lucioles qui parcourent les salles, un repas agréable à leurs lueurs dansantes, une bonne nuit de sommeil, le souvenir d'un départ et d'adieux, d'aurevoirs chaleureux, et on se réveille le soir, après avoir parcouru bien du chemin, empli d'une immense satisfaction, mais ne pouvant mettre au clair ses pensées, ne pouvant rien se rappeler de précis, comme dans un rêve...

Souvent alors survient l'heure de rentrer... Tu verras alors tout le paysage et les objets autour de toi prendre une teinte bleue particulière et que je n'ai jamais vu auparavant. C'est l'heure bleue, elle survient deux fois par jour de notre monde, et dure assez longtemps pour te permettre de revenir sans te presser. Si tu la rates cependant, tu peux attendre une prochaine heure, mais cela te fera perdre une de nos journées, et tu rentreras un de nos soirs. Le gardien n'aime pas trop ça car parfois les gens se perdent dans la forêt la nuit. Enfin dès que l'heure du départ survient, il suffit de se laisser tomber. Mais tomber vers le haut. Comme pour la porte du tableau de la chambre, imagine-toi que le sol est vers le haut, et que l'attraction s'est inversé. Tu peux fermer les yeux si tu n'es pas très concentré, c'est très facile tu verras. Tu te retrouveras alors sur la margelle du puits, ou si ce n'est pas vraiment l'heure, tout en bas près du seau, et il faudra te hisser tout en haut à la force des bras (c'est pour ça qu'on finit d'habitude la promenade par le pays vert afin qu'une fois l'heure arrivée l'on ait pas à remonter tout le chemin). Une fois arrivé en haut, ne prend que les grand-rues qui montent et tournent toujours à gauche. Tu arriveras jusqu'au métro aérien, qui est ma foi assez étrange (mais je ne te dis pas en quoi sinon tu ne voudras pas y monter) et qui te conduira à un couloir adjacent proche de l’entrée. Si tu ne peux supporter ce métro (et ça je le comprendrai sans peine), monte les grand-rues toujours à droite et tu arriveras par-là ou tu es venu. Si tu as un brin d'herbe au coin de la bouche, ou une marguerite plantée dans tes cheveux, n'hésite pas à les laisser à Hanz, il sera très content et fait régulièrement de très beau bouquet avec ce que les gens lui ramènent. N'oublie pas de dire au revoir au gardien, et si tu veux satisfaire ta curiosité sur la fermeture du portique, discute un peu avec lui jusqu'a ce qu'il ferme ses deux mains, cloîtrant le passage.

 

Te voila dehors, peut être un peu étourdi, comme après un bon film au cinéma. Ne court pas, garde le rythme que tu as acquis au cours de cette expérience. Regarde ! C'est l'aube.

Les fleurs qui entrelacent amoureusement les tombes s'ouvrent les une après les autres, les transformant en arbre à papillon, les oiseaux chantent, et le chemin est clair et net devant toi... Tu n'as plus qu'à le suivre en flânant. Tu ne verras peut être pas les fées près de l'entrée du cimetière, mais c'est simplement que leur cristal dont elles sont faites ne reflète que la lumière des astres nocturnes. La suite de la ballade, tu la connais bien, mais n'oublie pas, dans ce monde ci, les directions n'ont qu'un sens, ne va pas te perdre de l'autre coté. Peut être croiseras-tu quelques promeneurs qui te feront un large sourire, c'est que rester quelque temps au pays des rêves, ça redonnent plus de couleur à l'être, corps et âme compris.

J'espère que tu t'es bien divertit de ce voyage à l’envers, que mes indications n'ont pas été trop lourdes, trop révélatrices, et ne t'on pas induit en erreur. J'attends impatiemment que tu me raconte ce que tu as vécu, je suis sûr que tu auras été dans des endroits que je n'aurai jamais imaginé. Et surtout passe le bonjour à tous ceux que je connais là bas, et même à ceux que je ne connais pas encore.